Vous n'êtes pas identifié(e).
Bonjour,
Aujourd'hui dans La Presse Mobile, grille 5x5, la définition de 1h est "Légende ou anagramme de mite".
Or la solution est un homophone, et non un anagramme, de mite.
Hors ligne
Chroniques
"Les programmes d’exclusion des apologistes de la testostérone
La testostérone est produite par les testicules et les surrénales ainsi que, dans une moindre mesure, les ovaires. Elle n’est donc pas une hormone exclusivement masculine, explique notre collaborateur.
Boucar Diouf Collaboration spéciale
La Presse, 8 février 2025
Depuis le retour de M. Trump et des masculinistes qui gravitent autour de son projet social d’exclusion très décomplexé, la testostérone est sur toutes les tribunes des médias sociaux. C’est à peine si l’on ne dit pas que ce qui fait un homme, c’est sa testostérone.
Quand on évoque le nom de cette hormone, l’agressivité, la compétition, la musculation, le courage et la domination ne sont jamais loin derrière. Oui, la testostérone est une hormone très importante. Ça, aucun scientifique ne peut le nier. C’est une molécule qui a des effets bien au-delà de notre physiologie et de notre anatomie reproductive. Elle joue le rôle de stéroïde anabolisant, une activité bien connue des amateurs des gros muscles qui exposent leur corps dans les médias sociaux.
La testostérone a également des effets plus larges sur la santé, le bien-être, la production de globules sanguins, la santé des os, la détermination du sexe pendant le développement embryonnaire, le développement des caractères sexuels secondaires, etc.
Loin de moi donc l’idée de minimiser l’importance de cette hormone dans le corps humain. Ce qui me dérange cependant, c’est la récupération idéologique dont elle fait l’objet lorsqu’on la lie constamment à l’agressivité, la virilité, le leadership, la quête du pouvoir et, ultimement, la domination.
Aux quatre coins de la Toile, vous trouverez des écrits et des personnes pour raconter que les hommes qui ont plus de testostérone ont plus de chances de devenir des leaders et d’accéder aux postes de pouvoir. Il faut en prendre et en laisser. De toute façon, si cette hormone portait à la fois l’agressivité, la domination et le leadership, on gagnerait à se méfier de tels hommes de pouvoir. En effet, avec un combo semblable lové dans le cœur d’un humain, difficile d’incarner un leadership bienveillant. Cela dit, je ne veux pas m’attarder plus qu’il ne le faut sur ces débats où le vrai et le faux mangent à la même table.
La testostérone est produite par les testicules et les surrénales ainsi que, dans une moindre mesure, les ovaires. Elle n’est donc pas une hormone exclusivement masculine. Biochimiquement, parce qu’elles sont fabriquées à partir du cholestérol, qui fait partie du groupe des lipides appelés stérols, les œstrogènes, la progestérone et la testostérone appartiennent au groupe des hormones stéroïdes. Cependant, s’intéresser à la biosynthèse de ces hormones permet de réaliser combien la nature est moins binaire qu’on le pense.
En effet, c’est la progestérone qui est le précurseur de la synthèse de la testostérone. Selon la vision binaire de ces hormones en vogue dans le langage populaire, on peut donc dire que l’hormone mâle est fabriquée à partir d’une hormone femelle. Comme pour bousculer davantage les certitudes, la nature a aussi décidé que les androgènes (hormones mâles) seraient les précurseurs de la synthèse des œstrogènes, qui sont des hormones dites femelles.
En résumé, c’est une hormone femelle qui sert à fabriquer la testostérone, et ce sont des hormones mâles qui permettent de fabriquer les œstrogènes.
Pourquoi est-ce que je vous déballe toute cette litanie lexicale ? Je trouve qu’il y a dans cette mixité hormonale quelque chose de beau à rappeler aux masculinistes et autres misogynes qui s’identifient comme des mâles alpha. La testostérone provient de la progestérone, cette hormone de la grossesse qui a permis aux femmes, dont ils prônent la domination, de les faire exister.
Notre obsession pour la binarité nous a amenés à perpétuer ce clivage entre hormones mâles et femelles dans le langage populaire. Pourtant, il n’existe pas d’hormone sexuelle mâle ou femelle. Les hommes et les femmes partagent les mêmes hormones sexuelles.
Oui, en moyenne, les hommes produisent bien plus de testostérone que les femmes. Mais là où on parle de moyennes, il y a aussi des écarts types. Ainsi, il y a des femmes qui produisent plus de testostérones que certains hommes.
En fait, la différence entre les deux sexes est une question de concentrations relatives des différentes hormones, mais aussi des enzymes qui catalysent la conversion d’une forme en une autre. Il y a aussi le nombre, la distribution dans le corps et la sensibilité des récepteurs sur lesquels se fixent ces hormones sexuelles qui contribuent à camper les différences entre les hommes et les femmes. En résumé, disons que s’il y avait véritablement des hormones mâles et femelles, nous devrions tous être considérés comme des personnes intersexes.
Lorsque vient le temps d’affirmer qu’il n’y a que deux sexes chez l’espèce humaine, il faut aussi rappeler ce devoir de retenue à certains idéologues qui distillent leurs certitudes dans les médias en applaudissant les déclarations du président Trump. Pour le cerveau humain, très énergivore, la conception binaire de l’existence est une solution de paresse très reposante.
Pourtant, à côté des personnes qui se définissent comme des hommes ou des femmes, l’intersexuation toucherait entre 1 et 2 % de la population mondiale. Cet arc-en-ciel de possibilités regroupe des dizaines de millions de personnes chez lesquelles coexistent des caractères sexuels mâles et des caractères sexuels femelles. Ce n’est pas parce que des idéologues militent pour leur effacement qu’elles vont cesser d’exister.
N’en déplaise au Dieu de M. Trump que ces très religieux supporters appellent en renfort pour justifier leur entreprise de discrimination, cette diversité vient de plus loin que notre espèce dans l’évolution du vivant.
Vouloir nier son existence ou les voir comme des erreurs de la nature est une vision trop simpliste et passéiste de la création.
Alors, si on s’éloigne des cas anecdotiques qui déchaînent des passions dans le sport, prennent beaucoup de place dans les médias et méritent peut-être une réévaluation, rien ne justifie ces honteuses entreprises de prédation et de stigmatisation que le trumpisme, les droites religieuses et autres extrémistes idéologiques lancent envers ces humains dont les droits sont aussi sacrés que les nôtres.
Évidemment, personne ne conteste le caractère indispensable des deux sexes largement dominants dans la perpétuation de notre espèce. Mais au-delà de la reproduction, l’humain est aussi un animal culturel, d’empathie, d’amour et d’inclusion. C’est une espèce qu’on ne peut pas juste regarder avec les seuls yeux de la sélection naturelle et de la transmission des gènes.
De ce fait, la testostérone a beau être associée à l’agressivité, à la force musculaire et aux luttes de pouvoir, la nature nous a aussi dotés d’un gros cerveau qui fait 2 % de la masse du corps et consomme jusqu’à 20 % de notre énergie au repos. Ce qui est plus fort que les hormones et les stéréotypes, c’est la conscience et les neurones miroirs porteurs de notre capacité à connecter avec les joies et les peines des autres."
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »
Anaxagore de Clazomène...repris par Antoine Lavoisier
Tout ce que vous pouvez imaginer, la nature l'a déjà créé. Einstein
Hors ligne
Cher Boucar.
Sachant à qui je plais, connais ce que je vaux.
Devise des chats
Hors ligne
J'aime bien Boucar
Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il le croit (La Rochefoucauld)
Hors ligne